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Violences faites aux femmes : pourquoi le monde du travail est aussi un lieu essentiel de prévention

1 sept.
7 min de lecture

Le Cabinet BO a eu le plaisir d’intervenir auprès des équipes de France Travail Saint-Martin-d’Hères, en partenariat avec L’Étoile du Berger, dans le cadre d’une action de sensibilisation aux violences faites aux femmes.

Nous remercions chaleureusement les équipes de France Travail Saint-Martin-d’Hères pour leur accueil, leur confiance et leur engagement concret sur cette question. Cette rencontre a été bien davantage qu’un temps de transmission de connaissances. Elle a permis de réfléchir collectivement à une question essentielle : comment mieux repérer les violences, accueillir la parole des victimes et orienter les personnes concernées, tout en tenant compte de leur situation professionnelle et de leur parcours vers l’emploi ?

Car les violences intrafamiliales et conjugales ne s’arrêtent pas aux portes de l’entreprise, du bureau, de l’agence France Travail ou du lieu de formation. Elles peuvent profondément affecter la santé, l’autonomie, les relations sociales, mais également l’accès à l’emploi, le maintien dans l’emploi et les conditions de travail.


Les violences intrafamiliales : une réalité qui concerne aussi le monde professionnel.


Les violences au sein du couple constituent un phénomène massif. En France, les forces de sécurité ont enregistré en 2024, 272 400 victimes de violences commises par leur partenaire ou ex-partenaire. Les femmes représentent la très grande majorité des victimes. Par ailleurs, l'enquête de victimation menée par le SSMSI estime à 376 000 le nombre de femmes majeures victimes de violences physiques, verbales, psychologiques et/ou sexuelles au sein du couple en 2023. Cette estimation constitue un minimum, puisque toutes les violences ne sont pas déclarées aux forces de sécurité. Ces chiffres permettent de mesurer l’ampleur du phénomène, mais ils ne disent pas tout. Derrière chaque situation de violence se trouvent une personne, une trajectoire, un quotidien et souvent une activité professionnelle. Or, le travail peut être à la fois un espace de fragilisation et un espace de protection. Pour certaines victimes, les violences entraînent des absences, des retards, une diminution de la concentration, une fatigue importante, des difficultés relationnelles ou une perte de confiance. Pour d'autres, elles peuvent conduire à interrompre une formation, refuser une mobilité, renoncer à une évolution professionnelle ou quitter leur emploi. Une étude européenne menée auprès de salarié·es de plusieurs grandes entreprises du réseau OneInThreeWomen avait ainsi montré que plus de la moitié des femmes victimes de violences conjugales interrogées déclaraient un impact sur leur travail ; 24 % avaient dû prendre un congé et, dans 16 % des cas, les violences s'étaient également poursuivies sur le lieu de travail, notamment par des appels ou messages menaçants. Ces résultats sont anciens, mais ils restent particulièrement éclairants pour comprendre le mécanisme : la violence conjugale peut produire des conséquences très concrètes dans la sphère professionnelle.



Quand les violences fragilisent l'accès ou le maintien dans l'emploi.


L'emploi constitue pourtant un facteur déterminant d'autonomie. Pour une personne victime de violences, disposer de ressources propres, d'un revenu, d'un environnement professionnel sécurisant et de relations sociales en dehors du domicile peut contribuer à retrouver des marges de manœuvre et à sortir progressivement d'une situation d'emprise. C'est pourquoi l'accès à l'emploi et le maintien dans l'emploi ne doivent pas être considérés comme des sujets secondaires. France Travail rappelle d'ailleurs que l'autonomie économique et l'accès à l'emploi constituent des leviers essentiels pour permettre aux femmes de sortir des situations de violences. À l'inverse, lorsqu'une personne perd son emploi ou se trouve éloignée durablement du marché du travail, sa dépendance économique peut s'accroître et rendre certaines démarches plus difficiles.

Les violences peuvent également affecter directement la capacité à travailler : fatigue, anxiété, troubles du sommeil, difficultés de concentration, rendez-vous médicaux ou judiciaires, absences liées aux démarches, déménagement, recherche d'un hébergement, changement d'école des enfants ou nécessité de modifier ses horaires peuvent venir perturber un parcours professionnel.

Une étude citée par le Sénat a notamment estimé le coût des arrêts de travail liés aux violences conjugales à environ 108 millions d'euros pour les femmes et 3,4 millions d'euros pour les hommes. Il ne s'agit évidemment pas de réduire les violences à leur coût économique. Mais ces données montrent une réalité importante : les violences ont aussi des conséquences sur le travail et sur les organisations.


Le travail peut aussi devenir un lieu ressource.


Face à ces situations, l'entreprise ou le professionnel de l'emploi n'a pas vocation à remplacer les associations spécialisées, les services sociaux, les professionnels de santé ou les institutions judiciaires.

Son rôle est différent. Il peut être celui du repérage, de l'écoute, de la sécurisation et de l'orientation. Le lieu de travail constitue en effet un espace dans lequel les victimes peuvent être vues régulièrement, parfois par des personnes qui peuvent observer des changements dans leur comportement ou leur situation. Un retard inhabituel, des absences répétées, une fatigue importante, une baisse de concentration, un isolement progressif ou une modification soudaine des relations professionnelles ne constituent évidemment pas, à eux seuls, des preuves de violences.

Mais ils peuvent constituer des signaux qui invitent à adopter une posture professionnelle attentive, sans jugement et sans interprétation hâtive.


Les professionnels de l'emploi ont un rôle particulier à jouer.


Les équipes de France Travail, comme les professionnels de l'insertion, de l'accompagnement social, de la formation ou de l'orientation, peuvent être confrontés à des personnes dont les difficultés professionnelles sont liées, directement ou indirectement, à des violences. La difficulté est alors de ne pas considérer uniquement la conséquence visible (absence, rupture de parcours, difficulté à se rendre à un rendez-vous, changement de projet professionnel) sans s'interroger sur les éventuels facteurs qui se trouvent derrière. Cela nécessite une posture professionnelle spécifique :


Écouter sans juger.

Ne pas minimiser.

Respecter le rythme et les choix de la personne.

Ne pas imposer une démarche.

Connaître les dispositifs et partenaires vers lesquels orienter.

Savoir identifier les situations nécessitant une vigilance particulière concernant la sécurité.


Et surtout, ne pas rester seul face à une situation complexe. La lutte contre les violences repose sur une logique de réseau : professionnels de l'emploi, associations spécialisées, travailleurs sociaux, professionnels de santé, forces de sécurité, justice, collectivités et acteurs du logement peuvent avoir chacun une place dans le parcours de protection.


VIF, santé mentale et risques psychosociaux : des sujets qui se croisent.


Les violences intrafamiliales doivent également être pensées dans le champ plus large de la santé au travail. Les femmes sont davantage exposées aux risques psychosociaux dans leur activité professionnelle. Les travaux de l'Insee et de la Dares montrent notamment que les femmes sont plus souvent confrontées à certaines contraintes organisationnelles, aux exigences émotionnelles, au manque d'autonomie ou de reconnaissance et à différents facteurs de risques psychosociaux. Lorsqu'une personne vit parallèlement une situation de violences, ces différents facteurs peuvent se cumuler. C'est précisément cette porosité entre les différentes sphères de la vie qui doit être prise en compte dans les démarches de prévention.


Pourquoi les entreprises doivent aussi se saisir des violences intrafamiliales.


Le monde professionnel n'est pas responsable des violences commises dans la sphère privée. Mais il peut contribuer à réduire leurs conséquences. Depuis plusieurs années, des entreprises françaises développent des politiques spécifiques : sensibilisation des équipes, formation des managers, dispositifs d'écoute, adaptation de certaines conditions de travail, accompagnement social, orientation vers des associations spécialisées ou encore intégration du sujet dans les politiques d'égalité professionnelle. L'Organisation internationale du Travail souligne elle-même l'importance du rôle des entreprises pour atténuer l'impact des violences domestiques dans le monde du travail. Une étude présentée en France en 2024 a notamment analysé les politiques mises en œuvre par 17 grands groupes et une entreprise de taille moyenne.

L'enjeu n'est donc plus seulement de savoir si l'entreprise doit parler des violences intrafamiliales mais de comprendre comment elle peut se préparer à agir de manière juste, professionnelle et sécurisée lorsqu'une situation se présente ?


Former pour mieux repérer, écouter et orienter.


C'est tout le sens des actions de sensibilisation que nous portons au sein du Cabinet BO. Notre objectif n'est pas de transformer les professionnels de l'emploi ou les équipes RH en spécialistes de la prise en charge des violences. Notre objectif est de leur donner des repères professionnels. Comprendre les mécanismes de violence et d'emprise, identifier les idées reçues qui peuvent involontairement culpabiliser les victimes, savoir comment accueillir une parole, connaître les limites de son rôle, identifier les ressources du territoire, savoir orienter vers le bon interlocuteur. Et surtout, construire une culture professionnelle dans laquelle la victime peut être entendue sans être jugée.



Au-delà de la transmission de connaissances, nous avons également travaillé sur des outils concrets permettant de transformer durablement les pratiques professionnelles. L’objectif est que la sensibilisation ne s’arrête pas à la fin de la formation, mais puisse continuer à vivre dans les espaces et les pratiques quotidiennes : supports d’affichage, flyers, ressources pratiques, propositions de QR codes permettant d’accéder facilement aux dispositifs d’aide, aux contacts utiles et aux ressources du territoire… Autant d’outils qui permettent de rendre l’information accessible au moment où elle peut être nécessaire. Pour renforcer cette approche, le Cabinet BO s’appuie également sur des outils graphiques innovants, développés en collaboration avec une facilitatrice graphique. La facilitation graphique permet de rendre des sujets complexes, parfois difficiles à appréhender ou à verbaliser, plus accessibles grâce à des supports visuels, synthétiques et mémorables. Cette approche contribue à favoriser l’appropriation des messages, à faciliter les échanges et à laisser des ressources concrètes aux professionnel·les au-delà du temps de formation. Notre ambition est ainsi de passer d’une logique de sensibilisation ponctuelle à une véritable dynamique de changement des pratiques.



Un engagement collectif.


Nous souhaitons remercier tout particulièrement France Travail Saint-Martin-d'Hères pour son accueil et pour cet engagement concret dans la lutte contre les violences faites aux femmes, ainsi que L'Étoile du Berger, avec qui cette action a été menée. Nous avons rencontré un groupe de professionnel·les particulièrement impliqué, à l'écoute et profondément investi dans ses pratiques d'accompagnement. La qualité des échanges nous a rappelé une évidence : la prévention des violences ne peut pas reposer sur un seul acteur. Elle nécessite un travail collectif, une connaissance des ressources du territoire et des professionnels suffisamment formés pour savoir quand écouter, quand alerter, quand orienter et surtout comment ne pas rester seuls face à une situation complexe. Ces espaces de formation et de réflexion collective sont essentiels pour faire évoluer les pratiques vers davantage de prévention, de protection, d'inclusion et d'humanité.



Faire du monde professionnel un espace de prévention.


Les violences intrafamiliales appartiennent à la sphère intime, mais leurs conséquences peuvent se manifester partout : dans la santé, dans les relations sociales, dans les démarches administratives, dans les études, dans la recherche d'emploi et dans le travail. À l'inverse, l'emploi peut constituer un facteur essentiel d'autonomie, de stabilité et de reconstruction. C'est pourquoi nous défendons au Cabinet BO une approche qui crée des passerelles entre les différents acteurs : professionnels de l'emploi, entreprises, RH, associations, acteurs de la santé, institutions et professionnels de l'accompagnement.

Mieux comprendre les violences, c'est déjà mieux comprendre leurs conséquences.

Former les professionnels, c'est leur donner les moyens d'agir. Et créer des réseaux solides, c'est permettre aux personnes concernées de trouver plus rapidement une écoute, une orientation et une réponse adaptée. Le monde du travail ne peut pas régler seul la question des violences. Mais il peut être un lieu essentiel de repérage, de prévention, de soutien et de reconstruction.


C'est dans cette perspective que le Cabinet BO poursuit ses actions de sensibilisation, de formation et d'accompagnement autour des violences intrafamiliales, des violences sexistes et sexuelles, de la santé mentale, des risques psychosociaux et de la qualité de vie et des conditions de travail.

 
 
 

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